La plupart des entreprises pensent recycler correctement. Elles ont des bacs à papier, quelques conteneurs pour les cartouches d'encre, peut-être un coin pour les canettes. Et quand vient le moment de remplacer les PC, les écrans ou les serveurs, les équipements les plus problématiques, elles jettent tout dans une benne de chantier ou laissent dormir le matériel dans un couloir.

Ce guide se concentre sur les DEEE (Déchets d'Équipements Électriques et Électroniques), la catégorie la plus mal gérée, et la seule soumise à des obligations légales strictes.

1 Faites l'inventaire de ce que vous générez vraiment

Avant de parler de solutions, il faut savoir ce qu'on produit. Les entreprises sous-estiment souvent le volume de leurs DEEE parce qu'ils s'accumulent progressivement : un PC remplacé ici, une imprimante en panne là, des téléphones en surplus après un renouvellement de flotte.

Listez par catégorie : ordinateurs portables et fixes, écrans, claviers/souris, imprimantes, téléphones, serveurs, équipements réseau (switches, routeurs), câbles et alimentations. Ce recensement prend une heure et change complètement la perception des volumes réels.

En moyenne, une PME de 50 salariés génère entre 200 et 400 kg de DEEE par an, l'équivalent d'une vingtaine de PC complets. La majorité finit dans des circuits non conformes.

2 Séparez physiquement les DEEE dès le départ

La règle de base : les équipements électroniques ne se mélangent pas aux autres déchets. Pas avec les DIB (Déchets Industriels Banals), pas avec les emballages, pas dans la benne générale.

En pratique, désignez un espace de stockage temporaire dédié, même un coin d'un local technique suffit. L'important est que les équipements soient regroupés, identifiés, et qu'aucun employé ne les "évacue" dans d'autres bacs par commodité. Une étiquette "DEEE, ne pas jeter" sur chaque équipement à la mise hors service suffit à limiter les erreurs.

3 N'utilisez jamais une benne classique pour vos équipements IT

C'est l'erreur la plus fréquente, et la plus risquée légalement. Les DEEE sont classifiés comme déchets spéciaux : leur élimination dans les ordures ménagères ou les bennes de chantier est interdite par la loi (directive européenne 2012/19/UE, transposée en droit français).

Les raisons sont environnementales : les équipements informatiques contiennent des métaux lourds (plomb, mercure, cadmium), des retardateurs de flamme bromés, des terres rares. Quand ils finissent en décharge, ces substances contaminent les sols et les nappes phréatiques.

Les raisons sont aussi pratiques : si un contrôle révèle que vos DEEE ont été mis en décharge, votre entreprise peut faire l'objet d'une mise en demeure administrative et de sanctions.

4 Effacez les données AVANT tout enlèvement

C'est la pratique que le plus grand nombre d'entreprises oublie, ou délègue sans vérification. Donner ou céder un équipement informatique sans avoir effacé les données constitue une violation du RGPD, indépendamment de qui reçoit le matériel.

Un simple formatage ne suffit pas : les données restent récupérables avec des outils grand public. L'effacement conforme au RGPD nécessite une procédure certifiée (norme NIST 800-88 pour les disques durs), avec émission d'un certificat par numéro de série, un simple formatage ne suffit pas.

Si vous faites appel à un prestataire ITAD comme ITGreen, l'effacement certifié fait partie du processus et vous recevez les certificats individuels. Si vous gérez l'effacement en interne, votre DSI doit utiliser un logiciel certifié (Blancco, KillDisk) et documenter les opérations.

5 Exigez toujours un document de traçabilité

Céder vos DEEE à un tiers, qu'il s'agisse d'une association, d'un éco-organisme ou d'un prestataire, ne suffit pas. Vous devez conserver une preuve que le traitement a bien eu lieu.

Selon les cas, ce document peut prendre la forme :

Sans ce document, vous ne pouvez pas prouver votre conformité en cas de contrôle ou d'incident.

6 Désignez un référent "déchets numériques" en interne

Les problèmes de gestion des DEEE surviennent presque toujours pour la même raison : personne n'est officiellement responsable. L'IT dit que c'est la responsabilité des achats, les achats pensent que c'est l'IT, et la direction ne s'en préoccupe pas tant qu'il n'y a pas d'incident.

Désigner un référent, même à temps partiel, change tout. Il n'a pas besoin d'être expert : sa mission est de centraliser les équipements mis hors service, de les lister, et de coordonner la collecte avec un prestataire. Une demi-journée par trimestre dans une PME de 50 salariés suffit généralement.

7 Choisissez le bon canal de collecte selon votre situation

SituationCanal adaptéÀ retenir
Matériel fonctionnel, moins de 8 ans, données effacéesAssociation agréée (Emmaüs Connect, Ordinateurs pour Tous)Don possible, pas de certificat individuel de destruction
Petit volume (1 à 5 machines)Point de collecte Ecosystem / EcologicGratuit, pratique, sans certificat nominatif
Volume moyen à important (10 machines et +)Prestataire ITAD certifié (ITGreen)Enlèvement sur site, effacement certifié RGPD, traçabilité complète
Matériel défaillant ou hors d'usagePrestataire ITAD avec destruction physiqueBroyage certifié + certificat par numéro de série

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